AVANT-PROPOS
par DANIELLE RISTERUCCI-ROUDNICKY
Lorsque Gabriel-Aldo Bertozzi, fondateur de l’Inisme, nous a offert avec
générosité l’espace du numéro 25 de la revue Plaisance, nous avons proposé
une question dont la formulation – “Littérature et photographie” – ouvrait un
grand nombre de pistes de réflexion. Nous remercions bien vivement ici les
auteurs qui ont accepté de participer à l’entreprise: Marie Cordié Lévy, Marc
Décimo, Paul Edwards, Sylvie Jopeck, Martine Lavaud, Danièle Méaux et
Tanka G. Tremblay. En livrant un pan de leurs travaux, ils enrichissent la
manière dont le lecteur peut aborder cette littérature “hétérogène” aux
figures novatrices: spécialistes de la question, soit de manière directe car elle
est au centre de leurs recherches, soit de manière oblique, lorsque leur
domaine de réflexion l’inclut en mineure ou en majeure, ils font entendre des
voix originales et complémentaires qui abordent le rapport entre le texte et
l’image photographique sous des angles divers...
...Plus que jamais, la photographie est à l’honneur: les ouvrages sur la
question foisonnent, les expositions d’artistes connus ou moins connus
drainent un public nombreux et, depuis plusieurs années, colloques, thèses,
ouvrages et revues témoignent des recherches qui explorent le lien oxymore
entre la photographie et la littérature. Dans “Le désespoir de l’image”,
Sylvie Jopeck égrenne une liste d’auteurs d’oeuvres “croisées, hybrides,
iconoclastes” qui attestent d’échanges productifs entre la littérature et la
photographie: Roland Barthes, Patrick Modiano, Annie Ernaux, Hervé
Guibert. Liste qui s’enrichit des auteurs abordés dans les contributions de ce
numéro: Philippe Curval, Anthony Burgess, Pierre Marcelle, Sophie Calle,
Marcel Duchamp. Ce pêle-mêle – loin d’être exhaustif – ne rend pas compte
des enjeux divers au coeur de créations variées, dont les articles de ce numéro
montreront les spécificités.
Car l’éventail des formes possibles que revêt le rapport entre le texte et la
photographie combine une large gamme de possibles, qui va de l’absence du
cliché à sa coprésence – imbriquée ou juxtaposée – avec le texte. Que la
photographie constitue le thème central d’une fiction, qu’elle interfère dans
les marges paratextuelles de l’oeuvre ou interagisse avec le texte en jouant
d’effets de convergence ou de divergence, en brouillant les frontières du réel
et de l’imaginaire, ou en inventant des formes nouvelles, toujours elle
“[dérègle les] conventions de lecture”, pour reprendre la formule heureuse
de Paul Edwards.
La photo absente du texte
Il est des récits qui exploitent la photographie dans le tissu narratif sous
la forme d’un personnage – le photographe ou le photographié –, ou par
métonymie ou synecdoque, en thématisant l’appareil photographique ou la
photo...
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